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Session 6 / 13 - 14 septembre / Paris

Politiques de l’alimentation : pour de nouvelles alliances territoriales

L’urbanisation, l’allongement des chaînes alimentaires, l’essor des industries agroalimentaires ont distendu le lien entre agriculture et alimentation. Mais la montée en puissance des préoccupations environnementales et le souci croissant des conséquences des comportements alimentaires sur la santé sont en train de changer la donne. Comment les mondes agricoles se reconfigurent-ils face à ces nouvelles exigences, émanant avant tout des urbains ? L’alimentation, et plus largement la santé, peut-elle constituer le vecteur de nouvelles alliances entre les villes et les campagnes ? Que peut-on attendre des États généraux de l’alimentation annoncés par le gouvernement dans la foulée de l’élection présidentielle de 2017 ?

Jeudi 13 septembre

09 :20
Mot d’accueil de Paul Delduc, directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature


09 :30 – 10 :00
Bertrand Hervieu  
De la question des subsistances à la préoccupation « nutrition-santé » : les trois âges des politiques de l’alimentation.

La question des subsistances n’a cessé de hanter le pouvoir royal tout au long de l’Ancien Régime. Les premières politiques alimentaires ont été des politiques agricoles mises en place dès les débuts de la Troisième République dans une perspective d’autosuffisance familiale, locale puis nationale. La Politique agricole commune s’est construite avec l’ambition d’assurer la sécurité alimentaire de l’Europe, grâce à une spécialisation des exploitations et un développement des industries agro-alimentaires. Les dernières politiques mises en place, à la suite de l’ouverture des marchés et des crises sanitaires de la dernière décennie du vingtième siècle, cherchent à conjuguer sécurité sanitaire, sécurité des approvisionnements et compétitivité internationale : un tuilage compliqué, d’autant que surgissent de nouvelles exigences tant en matière de nutrition et de bien-être que de développement local.


10 :00 – 11 :15
Guillaume Garot  
Quelle politique de l’alimentation pour la France et pour l’Europe ?

Assurer à tous une alimentation sûre, accessible, diversifiée et en qualité suffisante, tels sont les objectifs de la politique publique française de l’alimentation.
Le Conseil national de l’alimentation (CNA) constitue un espace de concertation privilégié entre acteurs de la filière. Instance consultative indépendante, placée auprès des ministres chargés de l’Agriculture et de l’alimentation, de l’Economie et de la santé, il émet des avis à l’attention des décideurs publics et des différents acteurs de la filière alimentaire sur des sujets tels que la qualité alimentaire, l’information des consommateurs, la nutrition, la sécurité sanitaire, l’accès à l’alimentation, la prévention des crises.


11 :30 – 12 :45
Loïc Gouëllo   et Vincent Steinmetz  
États généraux de l’alimentation : méthode, déroulement, résultats et leçons.

Les États généraux de l’alimentation (EGA) se sont déroulés durant le second semestre 2017 avec comme objectif de redonner de la valeur au monde agricole tout en promouvant une alimentation saine et durable. Pilotés par le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation dans un cadre interministériel, ces Etats généraux ont été organisés autour de 14 ateliers et d’une coordination, avec une attention particulière pour les débats organisés dans les territoires et les contributions issues de la plate-forme citoyenne. La feuille de route 2018-2022 présentée le 21 décembre 2017 pour la clôture des EGA, a mis sur les rails le déploiement progressif de différents dispositifs (loi, éducation, plans alimentaires territoriaux, plates-formes d’observation, stratégie européenne,...).


Conclusion de la matinée par Bertrand Hervieu  


14 :00 – 15 :30
Pascale Hébel  
Nouvelles aspirations, nouvelles tendances en matière d’alimentation.

Les enquêtes « Comportements et consommations alimentaires » du CREDOC permettent d’expliciter les évolutions des attentes des consommateurs en matière d’alimentation. La montée, depuis le début des années 2000, des peurs alimentaires, concentrées dans les classes les plus diplômées (leaders d’opinion) accentue la nécessité et la rapidité des adaptations des politiques territoriales. Le « locavorisme » et les circuits courts sont des facteurs de rassurance en hausse car ils rapprochent les citoyens de la production. La montée de la préoccupation environnementale (y compris le bien-être animal) traverse l’ensemble de la consommation et prend des formes différenciées selon les catégories de population.


15 :30 – 17 :00
Jean-Louis Rastoin  
Les échelles de gouvernance des systèmes alimentaires : entre globalisation et territorialisation.

La transition alimentaire marque le passage d’un modèle agro-industriel générateur d’externalités négatives à des systèmes alimentaires durables. Elle suppose plusieurs ruptures : spatiale (proximité vs filières globalisées), technologique (agroécologie, écoconception industrielle et logistique vs intensification chimique et énergétique), économique (qualité totale vs maximisation des volumes). Ces évolutions impliquent une révision en profondeur des modes de gouvernance des systèmes alimentaires à différentes échelles géographiques.


17 :15 – 18 :15
Sophie Dubuisson-Quellier  
Nouvelles pratiques, nouvelles militances.

Depuis le début des années 2000, de nombreux mouvements militants ont vu le jour, contribuant à la création de systèmes alimentaires alternatifs. Ces différentes démarches cherchent à remettre en cause certains principes des systèmes alimentaires contemporains, comme le partage de la rente au sein des filières, la globalisation des goûts, la dépendance des acteurs de l’amont ou encore les externalités négatives sur l’environnement. Il s’agira d’envisager la portée et les effets de ces démarches sur la régulation de l’alimentation.


Vendredi 14 septembre

08 :30 – 10 :00
Visites simultanées de deux sites d’agriculture urbaine

Christine Aubry  
Les Toits d’Agro-Paristech

La toiture terrasse d’AgroParisTech accueille depuis 2012 le potager expérimental Bertrand Ney. Cette expérimentation vise à concevoir des systèmes de culture maraîchers en toiture à ciel ouvert dans le contexte parisien et s’attache ainsi à répondre à une demande en forte croissance de végétalisation productive des toits. L’expérimentation a connu plusieurs phases : (i) la démonstration des niveaux de production, des évolutions physico-chimiques des substrats de culture (constitués uniquement de déchets organiques, puis organiques et minéraux de la ville), et des risques de contaminations en métaux lourds des productions (ii). La seconde étape a porté sur la mesure de services écosystémiques apportés par ces formes de culture sur les toits (iii). La phase actuelle expérimente la culture sur nouveaux déchets organiques urbains (biodéchets, urine etc.) et la conduite de cultures exotiques susceptibles de favoriser des conditions climatiques spécifiques.

OU
Théo Champagnat  
La Caverne du 18ème

La Caverne, nouvelle ferme urbaine de 3 600 mètres carrés certifiée bio dans les sous-sols de Paris a été inaugurée en avril 2018. L’objectif de ce projet, porté par la start-up Cycloponics est de végétaliser des espaces parisiens abandonnés et d’en faire des lieux d’agriculture urbaine. Dans ce monde souterrain sont cultivées des plantes n’ayant pas besoin de beaucoup de lumière, comme les champignons : des pleurotes, des shiitake ou des champignons de Paris, qui font leur retour dans la capitale. Le système développé par Cycloponics, largement inspiré de la permaculture, a été baptisé "maraîchage cavernicole". La ferme est située sous une barre d’immeubles de logements sociaux et souhaite participer activement à la transition du quartier (récoltes à tarifs préférentiels, ateliers pédagogiques, emploi local).


11 :00 – 12 :30
Table-ronde d’acteurs : Les Fermes de Figeac, RESOLIS

Pierre Lafragette  
La Coopérative Fermes de Figeacest engagée depuis 1995 dans une politique d’alimentation territoriale via ses magasins de proximité. Son activité représente aujourd’hui plus de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et une trentaine d’emplois. Dans les années 2010 s’est mise en place une gouvernance alimentaire locale en lien avec l’ensemble des acteurs du territoire : consommateurs, distributeurs, restaurateurs, métiers de bouche, producteurs, restauration collective… Progressivement, la démarche s’est étendue aux synergies possibles sur le territoire qui regorge d’énergies renouvelables ! Et si l’alimentation n’était qu’un prétexte pour créer des alliances locales ?

Henri Rouillé d’Orfeuil  
RESOLIS.

La transition agricole et alimentaire est au cœur de la relance du développement des territoires. La méthode RESOLIS repose sur l’analyse des interactions entre des initiatives de transition portées par des acteurs des chaînes agricoles et alimentaires, et des mesures de politiques publiques dédiées à la transition. Cette méthode sera illustrée par le programme mené avec la Fédération des Parcs naturels régionaux - les 53 PNR se veulent des « territoires de transition », ils représentent ensemble 15% du territoire national - et par la création de la Chaire AgroParisTech-RESOLIS « Innover dans les territoires et agir pour les transitions » (Chaire InterAction).


12 :30 – 13 :00
Conclusions de Bertrand Hervieu  


14 :00 – 16 :30
Ateliers : Travaux de groupes

Atelier 1 – Grenoble
Atelier 2 – Menton
En présence de Jean-Baptiste Chabert et Chloë Vidal
Atelier 3 – Poitiers Hôpital
Atelier 4 – Poitiers E-Sport
En présence d’Olivier Coussi et Cyril Gomel (sous réserve)


Les intervenants

Bertrand Hervieu  , diplômé de l’Institut d’études politiques et docteur en sociologie, est président de l’Académie d’agriculture, après avoir été vice-président du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Il avait auparavant occupé le poste de secrétaire général du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes pendant six ans. Il a également été président de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de 1999 à 2003 et conseiller de plusieurs ministres de l’Agriculture et de la pêche.
Parmi ses publications : Sociologie des mondes agricoles, avec F. Purseigle, Armand Colin 2014. Les Mondes agricoles en politique, avec F. Purseigle, N. Mayer, P. Muller, J. Rémy, Presses de Sciences Po, 2010. L’Archipel paysan, La fin de la république agricole, avec J. Viard, Éditions de l’Aube, 2001.

Guillaume Garot  , né à Laval en 1966, fils et petit-fils d’agriculteurs, est élu député de la 1ère circonscription de la Mayenne en 2007. Nommé ministre délégué à l’Agroalimentaire en juin 2012, il mène d’importants chantiers : compétitivité de la filière alimentaire, lutte contre le gaspillage alimentaire, qualité de l’alimentation. Redevenu député en mars 2014, il porte une loi contre le gaspillage alimentaire adoptée à l’unanimité en février 2016. Réélu en 2017, il préside le Conseil national de l’alimentation.

Loïc Gouëllo   est Inspecteur général de santé publique vétérinaire, actuellement président de la section Mission d’inspection générale et d’audit au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), et responsable de la mission ministérielle d’audit interne. Vétérinaire praticien rural pendant près de 6 ans (Normandie, Nouvelle Calédonie, midi Pyrénées, Bretagne), il a rejoint le ministère de l’Agriculture où, après un premier poste en Maine et Loire, il a dirigé la plus importante direction départementale des services vétérinaires de France en région Bretagne, puis été directeur régional de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt de Corse. Depuis son arrivée au CGAAER, il a aussi exercé les fonctions de chef de corps des 900 inspecteurs de santé publique vétérinaire répartis dans l’administration. Tout au long de sa carrière, il a dû gérer des crises sanitaires graves et très médiatiques (vache folle, listéria, fièvre catarrhale, fièvre aphteuse), et s’est particulièrement investi dans la protection de l’environnement.

Vincent Steinmetz   est ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts, diplômé de l’Université de Californie, Davis, USA et titulaire d’une thèse de doctorat en génie bio-industriel à AgroParistech. Sa carrière de chercheur l’a amené à développer des outils basés sur l’intelligence artificielle pour apprécier la qualité organoleptique des aliments. Puis, il a dirigé des organisations au niveau régional en Champagne-Ardenne dédiées à l’interface de la recherche publique et de l’industrie dans le domaine agricole et agro-alimentaire, créé des start-ups, et a été membre fondateur d’un pôle de compétitivité dédié à la bioéconomie. Expert européen dans le cadre du programme Horizon 2020, il est membre du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux depuis 2017, et a été partie prenante dans la coordination des États généraux de l’alimentation.

Pascale Hébel   est directrice du pôle consommation et entreprises au CRÉDOC. Elle est ingénieure agronome (AgroParisTech, INA-PG 85) et docteure en mathématiques appliquées. Spécialiste de l’analyse de la société de consommation et de son anticipation, elle développe actuellement un outil de lecture des évolutions des modes de vie basé sur le marketing générationnel et éprouvé dans de nombreux secteurs (automobile, grande consommation, etc..). Elle a commencé sa carrière à l’INRA, puis a été consultante senior chez AC Nielsen. Elle a ensuite dirigé le pôle « marketing et consommation » au BIPE jusqu’en 2004. Elle est l’auteure de Comportements et consommations alimentaires en France, Tec & Doc, 2012, et de La révolte des moutons : le consommateur prend le pouvoir, Editions Autrement, 2013. Elle est chevalier de l’ordre national du mérite, officier du mérite agricole et membre de l’Académie d’agriculture.

Jean-Louis Rastoin   est professeur émérite à Montpellier SupAgro, fondateur et conseiller scientifique de la chaire UNESCO en « Alimentations du monde ». Ingénieur agronome, docteur d’État ès sciences économiques et agrégé des universités en sciences de gestion, il est membre de l’Académie d’agriculture de France et du conseil scientifique du Think Tank Ipemed. Son enseignement et ses recherches portent sur les systèmes alimentaires, les marchés agricoles et agroalimentaires, la prospective et les stratégies d’entreprises.
Derniers ouvrages publiés : La sécurité alimentaire mondiale, Etat des lieux et prospectives, avec C. Ferault (dir), L’Harmattan, 2017 ; L’Industrie agroalimentaire en France, avec J.-M. Bouquery (dir.), La Documentation Française, 2015, Le système alimentaire mondial : concepts et méthodes, analyses et dynamiques, avec G. Ghersi, éd. Quae, 2010.

Sophie Dubuisson-Quellier   est sociologue, directrice de recherche au CNRS, directrice adjointe du Centre de sociologie des organisations. Elle mène des travaux en sociologie économique sur les relations entre marchés, mouvements sociaux et Etat. Elle a récemment travaillé sur la consommation engagée (La consommation engagée, Presses de Sciences Po, 2018) et sur la régulation des comportements individuels (Gouverner les conduites, Presses de Sciences Po, 2016). Elle dirige actuellement un projet sur la politique d’affichage environnemental et un autre sur les politiques alimentaires.

Christine Aubry  , docteure en agronomie, est ingénieure de recherche hors classe à l’Unité mixte de recherches INRA AgroparisTech SADAPT. Spécialiste des agricultures urbaines et péri-urbaines et des circuits courts, elle a mené ses recherches à Madagascar, avec l’IRD, et en France, avec l’ENSP. Elle fonde en 2012 une équipe de recherches pluridisciplinaires sur les agricultures urbaines et, en 2015, crée un bureau de recherches sous contrats (Exp’Au) sous l’égide de l’Adeprina afin d’accompagner collectivités et entreprises dans le développement de formes diverses d’agriculture urbaine. Une Chaire pluri-partenariale "Agricultures urbaines services écosystémiques et alimentation des villes" voit le jour en janvier 2018 combinant soutiens à la recherche, enseignement et accompagnement des acteurs pour produire connaissances, méthodes et débats sur les rôles des agriculture urbaines dans la résilience des villes.

Théo Champagnat   est ingénieur agronome de formation, et co-fondateur de la start-up Cycloponics d’agriculture urbaine.

Pierre Lafragette  , 54 ans, est agriculteur à Viazac en GAEC dans le Lot. Il est producteur de bovins lait et bovins viande en zone de montagne en Pays de Figeac. Président de la Coopérative Fermes de Figeac, il est à ce titre investi dans diverses instances de la coopération agricole. Il est administrateur du PTCE Figeacteurs.

Henri Rouillé d’Orfeuil  , ingénieur agronome et docteur en économie appliquée, a été chercheur au CIRAD. Il a travaillé au ministère des Affaires étrangères, à la DATAR, à la Banque mondiale. Il a été président de Coordination Sud, qui regroupe 140 associations françaises de solidarité internationale. Il pilote le Programme « Alimentation responsable et durable » de l’association RESOLIS. Il est membre de l’Académie d’agriculture de France. Il a écrit une dizaine de livres dont le dernier Transition agricole et alimentaire, la revanche des territoires, Ed. Charles Léopold Mayer, 2018.