Institut des hautes études en développement et aménagement et des territoires en Europe




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Session 6 / 15 - 16 septembre / Ile-de-France

Un maire pour la ville numérique ?

Coordination scientifique
Isabelle Baraud-Serfaty  

jeudi 15 & vendredi 16 septembre 2016

SMA BTP
114 avenue Emile Zola- 75015 Paris
(Métro 10 Émile Zola, Charles Michels – Métro 8 Commerce)

Un maire pour la ville intelligente ?

La perception de la « ville intelligente » est en évolution rapide. Il y a deux ans, quand l’IHEDATE avait
organisé sa première session sur « les acteurs de la ville intelligente », l’enjeu était de montrer que « la ville intelligente » ne pouvait en aucun cas être réduite à une dimension purement technique. Alors que la « smart city » était souvent présentée comme un catalogue de capteurs, « compteurs intelligents », maquettes numériques et autres produits « innovants », nous voulions interpeller les auditeurs sur le fait que le défi de la ville intelligente est d’abord celui de sa gouvernance, avec le risque que les collectivités ne deviennent spectatrices d’une fabrique et d’une gestion de la ville qui se feraient sans elles : d’un côté, en effet, ce sont surtout les grands groupes privés qui se positionnent sur l’intégration des systèmes urbains et les nouvelles offres de services ; de l’autre côté, les individus connectés en réseau déploient une puissance inédite face aux organisations publiques comme privées, qui bouscule leur rôle traditionnel, voire « marginalise et ringardise leur parole » (cf. la thèse de Nicolas Colin   et Henri Verdier   selon laquelle cette puissance de la « multitude » serait la loi explicative de l’économie numérique).

Y-aura-t-il alors encore un maire dans la ville numérique ? Comment les collectivités s’organisent-elles pour garder la maîtrise d’une fabrique urbaine de plus en plus coproduite ? En deux ans, toutefois, la plupart des décideurs urbains ont pris conscience de la dimension stratégique que représente la révolution numérique. L’enjeu s’est donc déplacé. Il ne s’agit plus seulement de formuler les bonnes questions mais d’être en mesure de pouvoir commencer à apporter des réponses opérationnelles. Quelles actions doit conduire le maire dans la ville saisie par la révolution numérique ?

Pour y répondre, nous proposons cette fois-ci de nous attarder sur cette dimension technologique que nous avions mise de côté il y a deux ans. Car si la révolution numérique ne peut se réduire à une dimension technologique, il n’empêche que ses soubassements techniques ont des implications fortes sur les modes de fabrique urbaine, et la compréhension de leurs enjeux est indispensable pour saisir les défis adressés aux décideurs urbains. Nous essaierons ainsi de rentrer dans la boîte noire de la fabrique de la ville intelligente pour décrypter les enjeux sociaux, politiques et économiques des nouvelles technologies. En particulier, quelles sont ces nouvelles technologies et comment fonctionnent-elles ? Comment transforment-elles la prise de décision publique ? En quoi les nouveaux « tuyaux » de la ville constituent-ils une rupture par rapport aux grands systèmes techniques urbains qui ont structuré le développement des villes, sur le plan technique mais aussi social et économique, depuis le 19ème siècle ? En quoi ces nouvelles infrastructures numériques peuvent-elles être mises au service du développement d’un projet métropolitain ? En quoi les espaces publics sont-ils transformés ?


Jeudi 15 septembre 2016

9h15 - 10h00
Isabelle Baraud-Serfaty  
Présentation de la session
Isabelle Baraud-serfaty  , coordonnatrice de la session, présentera rapidement le fil conducteur de ces journées et les intervenants.


10h15 -12h15
Laurent David  

Les infrastructures de la ville numérique
« API » (application programming interface), « cloud », « système d’exploitation souverain », « 4G » « réalité augmentée », « blockchain »… le vocabulaire de la ville devenue numérique s’enrichit considérablement sans que le citoyen (et les cadres territoriaux) sache(nt) bien ce que recouvrent ces termes. Que désignent-ils ? Quelles sont les nouvelles technologies qui rendent possibles de nouveaux services ? Quels sont les enjeux associés (par exemple en termes de « biens communs numériques » ou de continuité de service informatique et spatiale) ?


14h00 – 15h45
Elizabeth Grosdhomme Lulin

Big Data et action publique algorithmique
Les algorithmes, qui permettent d’opérer un ensemble de calculs à partir de gigantesques masses de données, sont au cœur des promesses affichées du « big data ». Toutefois, loin d’être de froids calculateurs (cf. D. Cardon), ils modifient en profondeur l’action publique en la rendant plus personnalisée, plus prédictive, plus préventive et plus participative.


16h00 – 17h45
Maria Isabel Le Meur  
Les nouveaux tuyaux de la ville
Dans un contexte où les modes de production et de consommation d’énergie évoluent fortement (production décentralisée d’énergie, développement de la voiture électrique…), les smart grids (réseaux électriques intelligents) consacrent une double révolution : le consommateur n’est plus seulement en bout de chaîne mais devient producteur ; la gestion de l’énergie se fait de plus en plus à une maille intermédiaire entre celle du bâtiment et celle de la ville, la maille du quartier. A travers quelques exemples de projets démonstrateurs, il s’agira de comprendre comment cette évolution bouleverse à la fois le monde des énergéticiens et des promoteurs et aménageurs, mais aussi celui des habitants-usagers-consommateurs.

17h45 - 19h00
Séance de travail des ateliers


Vendredi 16 septembre 2016

9h30 – 10h45
Gaëlle Pinson  

Lorsque l’infrastructure de transport se double d’une infrastructure numérique
Le Grand Paris Express, 200 kilomètres de rails et 68 gares, est bien identifié comme une future infrastructure de transport majeure du Grand Paris. Il est en revanche moins connu que, parallèlement, il déploiera 200 kilomètres de fibre optique sous les rails et valorisera les espaces vacants des ouvrages du métro pour y créer des data centers. Ainsi, on aura à l’échelle métropolitaine une offre numérique inédite qui, même sans le métro, représente une infrastructure majeure. En quoi cette offre numérique modifie-t-elle le partage des rôles entre la Société du Grand Paris (SGP), en charge de la réalisation du métro, et les villes en charge des projets d’aménagement autour des gares ? En quoi offre-t-elle à l’Etat et aux élus qui composent la gouvernance de la SGP de nouveaux leviers d’action pour permettre le développement métropolitain ?


11h00 – 12h30
Philippe Gargov  
Les espaces publics « intelligents »
Les espaces publics sont aujourd’hui en pleine évolution sous l’effet notamment de la révolution numérique, avec de nouveaux usages et une hybridation beaucoup plus forte entre réalité et virtualité. Mais à qui appartient l’espace public augmenté ? Quelles sont les nouvelles formes d’inégalité qui en découlent ? Quels sont les enjeux en matière de données ?

14h15 – 16h30
Discussion générale et travail en groupes


Les intervenants

Isabelle Baraud-Serfaty   est maître de conférences à Sciences Po (Master Stratégies Territoriales et Urbaines), où elle a monté et anime un cours sur les acteurs privés de la ville. Consultante en économie urbaine (IBICITY), elle travaille notamment sur la mise en œuvre des projets urbains complexes, qui mêlent plusieurs acteurs, plusieurs dimensions et plusieurs échelles. Elle tient un blog sur son site ibicity.fr, structure dédiée à la conduite de missions stratégiques sur les problématiques urbaines.

Laurent David   est directeur de recherche pendant 10 ans dans le domaine de l’imagerie numérique et des outils d’aide à la décision, avant de poursuivre sa carrière en tant que freelance dans des domaines aussi variés que l’industrie, l’architecture, l’urbanisme et l’entertainment, à présent expert au Cerema concernant l’émergence des réseaux et des services numériques.

Elisabeth Grosdhomme Lulin   est directeur général de Paradigmes et caetera, société d’études et de conseil qu’elle a fondée en 1998, consacrée à la prospective et à l’innovation. Elle est aussi présidente du conseil d’administration de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle- ENSCI et administrateur des groupes Safran, Bongrain et Ciments Français. Elle tient un blog sur son site www.paradigmes.com.

Maria Isabel Le Meur   est directrice du pôle conseil smart grids et smart city au sein du groupe Embix, qui conseille les aménageurs sur la mise en œuvre des solutions « smart » dans leurs projets d’aménagement. Diplômé d’HEC, elle suit plus particulièrement, au sein du groupe, les questions d’énergie.

Gaëlle Pinson   est responsable du développement des datacenters à la Société du Grand Paris, dans le cadre du projet de valorisation numérique.
Normalienne agrégée d’allemand, elle a piloté des projets liés au développement économique et à l’aménagement du territoire à la DATAR puis au Secrétariat d’Etat pour le développement de la Région capitale.

Philippe Gargov   est géographe de formation, ce qui ne suffit pas à le définir (quoique le champ de la géographie ne connaisse pas de limite). Il aime le football, la ville et la littérature numérique. Fondateur de pop-up urbain, il blogue avec aisance et conseille les maîtres d’ouvrage dans les détours de la prospective urbaine.


Éléments de bibliographie
- Isabelle Baraud-Serfaty   : La ville restera-t-elle gratuite ? Revue Futuribles, mai-juin 2015 – Y aura-t-il un maire dans ma ville intelligente ? Raisonnance, revue internationale des maires francophones, juillet 2015 - La nouvelle privatisation des villes, Revue Esprit, 2011 3/4, p.149-167
- Dominique Cardon : À quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des Big Data, Paris, Seuil, 2015 - La démocratie internet. Promesses et limites, Paris, Seuil, 2010 - Médiactivistes (avec Fabien Granjon), Paris, Presses de Science-Po, 2010 - Dominique Cardon, Antonio Casilli, Qu’est-ce que le Digital Labor ?, Bry-sur-Marne, INA, coll. « Études et controverses », 2015, 104 p.
- Nicolas Colin   et Henri Verdier   : L’âge de la multitude – Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, Armand Colin, Paris 2012, réédité en 2015.