Institut des hautes études en aménagement et développement des territoires en Europe

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Mobilités nationales et internationales : un nouvel espace-temps ?

12 - 13 janvier 2017, Paris

Coordination scientifique
Jean Viard  

jeudi 12 & vendredi 13 janvier 2017
Sciences Po Paris
27, rue Saint-Guillaume
13, rue de l’Université
Paris 7ème

Mobilités nationales et internationales : un nouvel espace-temps ?
Après la séance inaugurale, cette session poursuit l’exploration des rapports entre nomades et sédentaires. La mobilité se mondialise. Les migrations internationales sont, depuis trente ans, redevenues un phénomène majeur après la grande vague de migrations vers les « pays neufs » au tournant du XXe siècle. Avant même ce qu’il est convenu d’appeler « la crise des réfugiés », les pays de l’OCDE enregistraient plus de 4 millions d’entrées permanentes chaque année en provenance de pays tiers. Le développement du temps libre dans les pays riches ou émergents engendre une croissance continue du tourisme, de l’ordre de 4% par an ; en 2016, plus d’un milliard de touristes ont franchi une frontière. Cette internationalisation des mobilités compose un nouvel espace-temps, dans lequel nos territoires tentent de se situer. Elle cristallise aussi les tensions. Nomadisme des élites vs sédentarité des classes populaires ? Migrants contre nationaux ? Touristes contre autochtones ? Demande d’autorité vs revendication d’autonomie ? Ces oppositions existent, elles peuvent s’exacerber, mais ne sauraient figer les mutations profondes dont la société de mobilité est porteuse.


Jeudi 12 janvier
Sciences Po – Salle Leroy-Beaulieu, 27 rue Saint-Guillaume – Paris7ème
(Métro Rue du Bac, Saint-Germain-des-Prés)


Accueil café
9:00


Jean Viard  
9:30 – 11:00
Le nouvel espace-temps de la révolution collaborative
La société collaborative et numérique nous entraîne dans une mutation spatio-temporelle, économique et culturelle, aussi puissante que celle de la révolution industrielle. L’hypothèse de ce séminaire est que cette mutation fut d’abord culturelle avant d’être technologique. Internet, le téléphone portable sont les enfants de la société mobile issue des années 60, mais leur généralisation accélère les bouleversements d’échelles spatiales et temporelles.
Pour les saisir, il faut comprendre notre culture de mobilité et la pression d’un monde en permanence co-informé ainsi que le développement extraordinaire d’une société collaborative, liée par des réseaux tous les jours plus nombreux. Il faut analyser à la fois le recul de nos grandes appartenances de classes et de nations et le rôle nouveau de l’art de vivre et du bonheur privé.
Dans l’analyse de ces bouleversements, une place à part doit être faite au rôle décisif du tourisme et des loisirs. La société du hors travail est devenue le fondement culturel principal des liens sociétaux. L’ordre culturel bouscule alors l’ordre social comme hier l’ordre social avait bousculé l’ordre religieux.
Cette société produit des réussites, mais aussi des ruptures, des angoisses et de nouvelles inégalités : alors qu’une « classe créative » rassemble innovation, mobilité et liberté individuelle au cœur des métropoles productrices de richesse, les classes hier « dominantes » se retrouvent exclues, perdues, basculant leur vote vers l’extrême droite. Comment alors remettre à plat un vivre-ensemble en crise ? Comment penser un individu devenu plus tribal que social ? De quelle manière réinventer du récit politique ?


Pause


Pierre-Henri Tavoillot  
11:15 – 12:30
Pouvoir et autorité à l’âge de la mondialisation
Qui doit gouverner ? Cette question, que chacun se pose avant de mettre son bulletin dans l’urne, est aussi celle de la philosophie politique depuis son origine. Le citoyen d’aujourd’hui est ainsi, sans toujours le savoir, l’héritier d’une longue tradition d’hésitation et de perplexité. Est-ce un seul, plusieurs ou tous, qui doivent gouverner ? Et au nom de quoi ? De leur compétence, de leur charisme, de leur sens du service ? Si nous sommes désormais convaincus que c’est le peuple qui doit gouverner, nous sommes encore très loin de savoir ce qu’est le peuple. C’est pourtant là que se trouve la clé du passage à l’âge adulte des démocraties, qui, loin d’être vieilles et fatiguées, comme on le dit parfois, semblent encore trop juvéniles. Pour grandir, encore leur faut-il prendre la mesure de l’extrême difficulté de l’exercice du pouvoir à l’âge de la mondialisation.


Déjeuner au cercle des Universitaires
3 rue Mabillon – Paris 6ème
12:45 – 14:00


14:00 – 15:00
Présentation des auditeurs


Philippe Maud’hui  
15:00 – 16:15
Tourisme et Territoires : quels leviers de développement ?
En 30 ans, le tourisme est devenu une composante majeure de l’économie française. Il constitue aujourd’hui 7,4% du PIB national, emploie directement ou indirectement 2 millions de personnes et représente l’un des premiers postes excédentaires de la balance des paiements.
La France bénéficie d’un double atout : sa position de leadership mondial en matière d’accueil de touristes internationaux (environ 85 millions chaque année) en raison de son attractivité plurielle et un marché domestique très dynamique puisqu’environ 85% des Français pratiquent le tourisme en France.
Profitant de la « seniorisation » des marchés matures et de l’augmentation des classes moyennes en capacité de voyager dans les pays aux économies émergentes, le tourisme français est cependant confronté à certains vents contraires : le contexte d’insécurité, une perte d’attractivité sur certains marchés européens de proximité, une dépense moyenne par visiteur relativement faible... Mais les actifs structurels du tourisme français restent nombreux : marques de destination puissantes, attractivité des grands sites naturels et culturels et des nouvelles métropoles, puissance de nombreuses filières (tourisme d’affaire, parcs de loisirs, ski…)


Pause


16:30 – 18:00
Discussion générale


Élection des représentants des adhérents actifs au conseil d’administration de l’Ihedate


Vendredi 13 janvier
Sciences Po – Salle Claude Erignac - 13, rue de l’Université – Paris 7ème
(Métro Rue du Bac, Saint-Germain-des-Prés)


Accueil café
9:00


Hélène Thiollet  
9:15 – 10:45
Les migrations internationales dans le monde d’aujourd’hui
La « crise » qui touche l’Europe depuis 2015 a certes radicalisé les positions politiques et les discours sur la migration mais elle est, pour les chercheurs, un révélateur de la relative méconnaissance des dynamiques historiques de la migration et de l’intégration en Europe et dans le monde. Cette intervention vise à proposer quelques éléments de cadrage globaux sur les flux migratoires, leurs déterminants et leurs impacts à l’échelle mondiale et européenne. On répondra ici à plusieurs interrogations qui permettront de préparer un débat ultérieur sur la « crise » que traverse l’Europe depuis 2015 : Qu’est ce qui détermine les flux migratoires ? Les migrants viennent-il majoritairement dans les pays riches ? Les réfugiés sont-ils surtout en Europe et en Amérique du Nord ? Quel est l’impact de la migration sur les pays d’origine et sur les pays d’accueil notamment en matière économique (développement, salaire, chômage etc.) ? Qui sont les immigrants (arrivants) et les immigrés (résidents étrangers) en Europe ? Et sont-ils de plus en plus nombreux ?


Pause


Jérôme Fourquet  
11 :00– 12:30
L’Europe et la France face aux réfugiés
Sept ans après le déclenchement de la crise économique et financière, le continent européen se trouve confronté à un nouveau défi majeur : celui de l’arrivée de centaines de ¬milliers de migrants. Si cette crise appelle une réponse européenne concertée, elle a d’abord eu pour effet de mettre à rude épreuve la solidarité entre les États membres. Jérôme Fourquet   analyse comment les opinions publiques européennes réagissent à l’arrivée de migrants sur les côtes méditerranéennes. Comment comprendre les différences d’attitudes concernant l’accueil des migrants et le fait que certains pays, dont la France, se montrent particulièrement réticents alors même que le nombre des migrants arrivant sur son territoire est faible ? Quelles ont été les conséquences ¬électorales ? Comment cette problématique s’imbrique-t-elle avec celle de la menace terroriste et du rapport à l’islam ?


Déjeuner au cercle des Universitaires
3 rue Mabillon – Paris 6ème
12:45 – 14:00


Patrick Simon  
14:00– 15:30
Le modèle d’intégration à l’épreuve des faits dans la France multiculturelle
Il est banal d’affirmer que la France est une société multiculturelle. La plupart des débats politiques et de société de ces trente dernières années sont marqués par cette dimension. Non seulement la « question de l’immigration » s’est imposée au cœur de l’agenda politique, mais la diversité croissante de la population suscite des tensions autour de l’adaptation de la société française. L’actualisation du modèle politique et des représentations collectives, ce que l’on appelle l’identité nationale, est en jeu. Il peut sembler paradoxal que la question multiculturelle suscite tant de débats et de conflits dans un pays où l’immigration est une donnée démographique et politique majeure depuis la fondation de la IIIe République en 1871. A l’aulne de ce siècle et demi d’expérimentation de la diversité, la crise permanente que traverse le modèle d’intégration depuis 30 ans est difficile à décrypter. La présentation se propose d’évaluer le modèle d’intégration à partir des résultats de l’enquête Trajectoires et Origines réalisée par l’Ined et l’Insee, en apportant quelques développements à propos de la Seine Saint Denis, véritable laboratoire où se reconfigure la synthèse multiculturelle.


15:45 – 17 :00
Discussion générale et suite de la présentation des auditeurs


Les intervenants

Jean Viard   est directeur de recherches associé à Sciences Po, au Centre d’études de la vie politique française. Ses domaines de spécialisation sont les temps sociaux, l’espace (aménagement, questions agricoles) et le politique. Il préside les éditions de l’Aube, dont il est le fondateur avec Marion Hennebert, Derniers ouvrages parus (Éditions de l’Aube) : Nouveau portrait de la France (2011), La France dans le monde qui vient (2013), Le moment est venu de penser à l’avenir (2016), Quand la Méditerranée nous submerge (2017).


Pierre-Henri Tavoillot   est philosophe, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV) et président du Collège de Philosophie. Directeur du master « Métiers de l’entreprise », il est aussi membre du Comité d’éthique du CNRS (Comets) et chargé de cours à Sciences-po.
Parmi ses ouvrages : Faire ou ne pas faire son âge (Éditions de l’Aube, 2014), Petit almanach du sens de la vie (Livre de Poche, 2013), Qui doit gouverner ? Une brève histoire de l’autorité (Grasset, 2011) et Philosophie des âges de la vie (avec E. Deschavanne, Hachette Pluriel, 2008).


Philippe Maud’hui  , 49 ans, est Directeur Ingénierie et développement des Territoires de ATOUT FRANCE (Agence de développement touristique de la France rattachée aux ministères des Affaires étrangères et à celui de l’Économie et des Finances). Auparavant, il a notamment été expert auprès de l’AFIT et de la CDC pour l’évaluation de projets d’investissement touristique et responsable économique de la Technopole de Montpellier Méditerranée.


Hélène Thiollet   est chargée de recherche au CNRS. Ses recherches portent sur les politiques migratoires dans les pays du Sud, elle s’intéresse particulièrement au Moyen-Orient et à l’Afrique sub-saharienne. Elle enseigne les relations internationales, la politique comparée et l’étude des migrations internationales à Sciences Po. Dernier ouvrage paru : Migrants, migrations : 50 questions pour vous faire votre opinion (Armand Collin, 2016)


Jérôme Fourquet   dirige le département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop. Il a publié, Accueil ou submersion ? Regards européens sur la crise des migrants, aux Editions de l’Aube en 2016 et chez le même éditeur, Karim vote à gauche et son voisin vote FN (2015), et L’An prochain à Jérusalem ? (2016)


Patrick Simon   est socio-démographe, Directeur de Recherches à l’Institut national d’études démographiques (INED) (Paris, France) dans l’unité de recherche " Migrations internationales et minorités " et chercheur associé au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po. Il travaille sur les relations interethniques et les discriminations dans les sociétés multiculturelles, la division sociale de l’espace, sur les classifications statistiques de la diversité ethnoraciale et sur l’immigration. Patrick Simon   co-dirige à l’INED l’enquête « Trajectoires et Origines » sur la diversité des populations en France. Parmi ses derniers ouvrages : Social statistics and ethnic diversity : cross-national perspectives in classifications and identity politics (avec V. Piché et A. Gagnon, Springer, 2015) ; Fear, Anxiety and National Identity : Immigration and belonging in North-America and Western Europe (avec N. Foner, Russel Sage Foundation, 2015), et Trajectoires et origines. Enquête sur la diversité des populations en France (avec C. Beauchemin et C. Hamel, Ined, 2015).


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