Sommes-nous toujours plus mobiles ? Certaines données post-crise sanitaire inciteraient à répondre par l’affirmative : le trafic aérien a retrouvé, puis dépassé, ses niveaux d’avant-pandémie ; la fréquentation des trains à longue distance atteint des niveaux records ; les livraisons de colis se multiplient avec le développement de l’e-com-merce, désormais entré dans les pratiques courantes de deux tiers des Français.
Mais derrière cette apparente intensification, d’autres tendances sont à l’œuvre. La crise du logement entrave les parcours résidentiels de nombreux ménages ; la hausse des prix des carburants liée aux crises géopo-litiques contraint leur mobilité ; le numérique favorise la sédentarité, devenue un enjeu majeur de santé publique dans beaucoup de pays occidentaux ; le retour des barrières commerciales et la rupture des chaînes d’ap-provisionnement obligent les entreprises à se réorganiser. Et, en retour, une aspiration à davantage de proximité s’affirme dans certaines franges de la population.
Si les volumes de transport (mesurés en passagers/kilo-mètres ou en tonnes/kilomètres) et les vitesses n’aug-mentent plus depuis vingt ans en France, il faut mener un travail d’enquête plus fin pour comprendre les recompositions de nos pratiques de mobilité. Quelles en sont les causes, sociales, familiales, économiques ? Quels sont les flux qui s’intensifient ? Lesquels se contractent ? Comment l’accès à la mobilité évolue-t-il selon les territoires, les groupes sociaux, les acteurs économiques ?
Remettre les pratiques au cœur de notre réflexion, c’est considérer que les déplacements sont la conséquence de choix et de contraintes qui se situent dans l’organisation du travail, la localisation des emplois et des logements, les modes de consommation et de loisirs, l’organisation des chaînes de valeur, les choix de gouvernance, etc.
En ne prenant pas suffisamment en compte les détermi-nants de la demande de mobilité, les politiques publiques peuvent produire des mesures qui heurtent les aspirations et les marges de manœuvre effectives des citoyens. Elles risquent aussi de s’enfermer dans une approche trop focalisée sur l’offre d’infrastructures et de services – fussent-ils innovants. Les 238 milliards d’euros investis ces vingt-cinq dernières années dans les transports en commun n’ont eu qu’un impact marginal sur la part modale de la voiture.
Dans une année électorale et un contexte budgétaire sous tension, le cycle Territoires et mobilités se propose donc de prendre les modes de vie et les déterminants de la mobilité au sérieux pour mieux outiller les politiques publiques, face à la difficile équation de la décarbonation, de la justice sociale et de la contrainte budgétaire.
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